Poésie et autres écrits...

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Les hasards ne basculent pas

Rien ne va plus. Tout se fige, se regarde, s=espionne, se prête à l=investigation. Tout se laisse organiser, structurer, expliquer... et devient inopérant du simple fait qu=on l=observe. Les atomes ont leur pudeur, je crois. Même les neutrinos font la grève. Facteurs méconnus de mutations salutaires, ils se tiennent en réserve, de peur de passer à l=insatiable moulin de la connaissance réductrice. Faut croire qu=il y a un temps pour la paralysie. Nous y sommes. Autant prendre notre bien en patience.

En attendant, le prix Nobel de la Couleur a beau avoir des réflexes d=ingénieur en chromatique, l=azur reste bleu et les fraises restent rouges, fût-ce d=indignation devant le jaune qui fane leurs soeurs virées génétiquement bananes.

 En attendant, le maître géomètre a beau équarrir les coins ronds de la quadrature du cercle mort de rire, le premier saoûlon de pool room sollicite son oeil de verre de scotch pour empocher la huit crosse-coin et le vingt-piastres qu=il a gagé avec ses copains. 

En attendant, le beau parleur des mass-médias a beau confondre l=auditoire à coups de formules endormitoires qui sonnent bien dans l=immédiat, la masse baisée dans ses promesses trouve le moyen de montrer ses fesses, en arabesques de scandale. Rien qu=en page six d=Allô Police, y a plein de monde qui perd les pédales. 

En attendant, l=Homo Sapé a beau arracher des réponses à sa philosophie commode, il reste condamné à clôturer son monde, aveuglé de terreur devant sa petitesse. Et la Nature s=en accommode, parce qu=elle sait bien les pièges de l=évolution et laisse volontiers aux espèces le choix de leur voie d=extinction. 

Rien ne va plus, si tant est que quelque chose allait. Mais tout n=est pas perdu. Avec l=assentiment tacite des hasards, des particules infiniment patientes sommeillent dans l=éther infiniment patient, et n=attendent que l=heure de hurler leur humeur. Polices d=assurance d=un cosmos jamais dépourvu, elles obéiront le temps venu au code inscrit dans le non-dit, non dit parce que non vu.

 À preuve, quelques poètes du mercredi s=aventurent à prêter aux mots des sens qu=ils n=ont pas tous les jours. Sourire en coin, la masse s=en amuse un peu, mais pour l=instant refuse le jeu. Elle préfère le hasard dompté dans un proverbe qui fait bien les choses, et se bercer de certitude rose dans les tentacules rassurants du prévisible. 

Les hasards ne basculent pas. Ils font semblant d=être sages pour un temps. Et le Temps avec un grand T leur prête volontiers des segments d=éternité parce qu=il sait bien, lui, qu=il leur doit sa naissance... et sa reconnaissance. Non, les hasards ne basculent pas. Je pense qu=ils se reposent en attendant... en attendant de voir si Dieu aura encore le goût de jouer aux dés, dès qu=il aura fini de se fouiller dans le nez.

Guy Perreault - décembre 2001