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Le Crépuscule des despotes
Il
est 8 h 02 à l'horloge du monde.
Un quadrumane brandit une carotte et allume la convoitise de ses
congénères.
Il est 8 h 05 lorsque prend fin la guerre de la Carotte, dûment consignée
par les scribes de cette heure-là, digue don da.
Il
est 13 h 17 à l'horloge du monde.
Un bipède brandit un épieu et accapare le monopole du mammouth.
À 13 h 21, la guerre du Mammouth s'éteint, faute de mammouths.
Le souvenir en est consigné dans la laine gardienne d'ADN qui gît gelée
dans les glaciers, digue don dé.
Il
est 16 h 42 à l'horloge du monde.
Un grand empanaché brandit un sceptre à cornes de boeuf et devient ipso
facto l'égal d'un dieu, déchaînant aussitôt la jalousie des moins égaux
que lui.
La guerre des Égaux de dieux s'étire officiellement jusqu'à 16 h 48, mais
ne prend pas réellement fin, foi de rabbin. Elle se tapit sous d'autres
noms, brûle des Irlande et des collines de Sion, chante les louanges de la
moisson et chaque année tue un dindon, digue don don.
Il
est 19 h 23 à l'horloge du monde.
Une tête à lauriers se drape dans sa toge et lance des légions toutes
directions, avec mission de veni, vidi, vici, et ramassons jusqu'à
poches pleines tout ce que nous trouverons de bon.
À 19 h 25, la guerre des Veni, vidi, vici s=épuise dans l=écoeurement
total alors que pourrissent dans la plaine des restants de civilisations,
digue don daine digue don don.
Il
est 22 h 42 à l'horloge du monde.
Un hurluberlu attrape la berlue et se fourre la main droite dans son
plastron napoléon. En moins de temps qu'il n'en faut pour crier Armageddon,
il ensanglante des Europe et se pète la face dans l'Oural comme tous les
autres avant lui.
À
22 h 44 cesse la guerre du Dernier Pèté dans l'Oural qui aurait même pas
existé si y avait lu son histoire à 13 h 19 ou à 16 h 48, digue don
duite.
Il
est 23 heures quelque chose lorsque l'horloge du monde refuse de donner
l'heure juste.
Par
delà les fuseaux horaires, les derniers pacifistes non internés ont donné
un grand coup de collier.
La
paix vient d'éclater, digue don dé yé!
Guy Perreault - mai 2002
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