Autoportrait ::

 




Guy Perreault est un passionné de poésie. Ses textes clament la paix sous toutes ses formes. Il utilise la musique pour exprimer ses préoccupations sociales d'envergure planétaire.

 

Depuis des lunes, il colporte d’une scène à l’autre les chansons de son cru et son humour décapant.
Auteur-compositeur connu et reconnu, il est aussi un interprète dynamique et convaincant.


 


Guy Perreault

De mes premières heures, mes premières semaines, mes premières années, je ne sais rien, comme vous tous, bordel! Demandez à ma mère, dès qu’elle sera rentrée de Moscou. Elle vous racontera, l’oeil mouillé. Parce qu’elle m’aime, ma mère, voyez-vous. Elle m’aime comme une mère, quoi. Elle vous dira pour avant... avant que je me rappelle.

Je nais sans histoires. Je le sais, parce que personne ne les raconte. Ma prime enfance est heureuse, j’imagine. J'en garde un souvenir... amnésié. Je joue aux cow‑boys et aux Indiens (j’aimais bien faire l’Indien, j’attrapais ma cousine et je l’attachais aux arbres, ugh!). Je suis enfant de choeur, scout d'élite, élève modèle, studieux et grand liseur. En épaisseur de barniques, je suis précoce. Mes études sont secondaires dès mes premiers joints, que je troque contre des versions grecques avec le cancre pusher de service. Non pas que mon éducation en souffre… je me maintiens parmi les bollés. Entré au cégep en sciences pures, je goûte à l'aventure psychédélique, je revendique le port des cheveux longs, j'écoute Led Zeppelin en buzzant sur ma cigarette à  ‘noirceur... De fil en aiguille (non, je ne me suis jamais piqué!), j’aboutis en lettrezanglaises. Entre-temps, j'ai appris la guitare dans les messes à gogo.

Frais émoulu de l'université (comme dit le cliché), me voilà traducteur au service de l'État, le temps de m'écoeurer. Assez pour accoucher de ma première chanson, un élan du coeur qui ne me quittera plus. Je me marie, je fais des enfants, tous en âge d'en faire maintenant. Je vois la Côte-Nord, la côte ouest, la Côte d’or, la côte d’Adam (la géographie à son meilleur!), la Côte d’azur (même chose avec les seins nus), les Europe, les Antilles, les Amériques…

J'écris d'autres chansons, je remporte des concours, même un prestigieux... L'industrie ne veut pas de moi. Faut dire qu'à l’époque, la chanson à texte... (mais faites du new wave, monsieur Perreault!) Je fais le fou dans des bars, sur scène ou non, je fais le sérieux sur des scènes, courues ou pas. Je monte et j’ose des spectacles entiers. Au fil de centaines d'apparitions, je me constitue un public fidèle, que je salue avec gratitude. Que dire d'autre, sinon que j'aime ma blonde, la Black Label, la lecture, ma blonde, Leonard Cohen, la Sainte Flanelle, ma blonde, l'Histoire, la pêche au doré.

À la longue, la traduction se révèle providentielle. Pratiquée chez moi, à mon rythme, elle me fait subsister… soutenir une carrière qui n'en finit plus de décoller. C'est elle qui finance les aventures poétiques et musicales qui me « tiennent aller », comme on dit... Quant au reste, demandez à ma mère, bordel, dès qu’elle sera rentrée de Bangkok!   

  ©Guy Perreault 2006, tous droits réservés.